Bibliomania : livres en cours

samedi 19 février 2011

Le Discours d'un Roi


Réalisateur: Tom Hooper
Année de production: 2010
Date de sortie: 2 février 2011
Genre: Drame, biographie, film historique

Le pitch :

D’après l’histoire vraie et méconnue du père de l’actuelle Reine Elisabeth, qui va devenir, contraint et forcé, le Roi George VI (Colin Firth), suite à l’abdication de son frère Edouard VIII (Guy Pearce). D’apparence fragile, incapable de s’exprimer en public, considéré par certains comme inapte à la fonction, George VI tentera de surmonter son handicap grâce au soutien indéfectible de sa femme (Helena Bonham Carter) et d’affronter ses peurs avec l’aide d’un thérapeute du langage (Geoffrey Rush) aux méthodes peu conventionnelles. Il devra vaincre son bégaiement pour assumer pleinement son rôle, et faire de son empire le premier rempart contre l’Allemagne nazie.

(source : Allocine)

Tom Hooper
Mon Avis à chaud :

Je ne vais pas mentir, la première chose qui m’a attiré dans ce film, ce n’est pas l’histoire, mais le casting, avec en tête Colin Firth, Helena Bonham-Carter et Guy Pierce. J’ignorais tout du roi George VI, de la part qu’il a prise dans la seconde guerre mondiale, et de ses problèmes d’élocution avant d’entendre parler du film. Quant au réalisateur, Tom Hooper, j’étais complètement passée à côté de son travail jusqu’ici (bien que la mini-série Elizabeth I, qui a valu un Golden Globe à Helen Mirren la même année que sa performance dans The Queen, commence à me faire de l’œil).

Le Roi George VI, père d'Elizabeth II
Le film s’ouvre sur le discours de clôture du Prince Albert, Duc d’York (futur Roi George VI) pour la British Empire Exhibition à Wembley le 31 octobre 1925 ; d’emblée le spectateur est donc confronté au calvaire que représente son handicap pour le Prince, chaque fois qu’il doit s’exprimer en public, et de la terreur qu’il en éprouve. C’est avec beaucoup de justesse de ton et de pudeur que le film est réalisé et écrit, et les acteurs sont tous magistraux : Colin Firth et Geoffrey Rush sont les deux piliers du film, quant à Helena Bonham-Carter, elle est, comme toujours, lumineuse. J’ai été aussi très agréablement surprise de voir Jennifer Ehle dans le rôle de Myrtle Logue (plus de quinze ans après Orgueil et Préjugés, la voilà à nouveau réunie à l’écran avec Colin Firth !) et David Bamber (un autre rescapé de l’adaptation de la BBC, où il joue Mr Collins^^) qui donne la réplique à Geoffrey Rush.
Très bien écrit et réalisé (comment ça je me répète ?^^), le film happe l’attention du spectateur dès les premières secondes ; alors que j’avais un peu peur de m’ennuyer, au contraire le rythme des scènes est parfait et ne laisse de place à aucun temps mort. Sans jamais verser dans le pathos ni le ridicule, l’histoire qu’on nous raconte suscite l’émotion tout naturellement, portée par des acteurs à la fois très talentueux et très impliqués, tout en mettant en lumière un pan méconnu (et pourtant très intéressant) de l’Histoire du Royaume-Uni, en montrant la famille royale sous un angle inédit.

En bref, Le Discours d’un Roi est un film qu’il faut ABSOLUMENT aller voir !

vendredi 18 février 2011

Quand Berserk rencontre Ken le Survivant : Japan

Catégorie : Manga
Genre : seinen, SF, anticipation
Auteur : Buronson
Dessinateur : Kentaro Miura
Année de publication (au Japon) : 1992
Edition (France) : Glénat
Année d’édition : 2008


Résumé de quatrième de couverture :

Le Yakuza Katsuji Yashima se rend en Espagne pour retrouver la journaliste dont il est amoureux. Mais un violent séisme les projette dans des ruines et une étrange vieille femme les met en garde contre leur arrogance… avant de les envoyer dans le futur !
Malheureusement, ce futur n’est qu’un monde de désolation où le despotisme règne en maître. La lutte pour la survie vient de commencer…



Mon avis :

Kentaro Miura
Complètement obsédée par Berserk, je ne peux que m’intéresser aux (rares) autres projets de monsieur Miura. Oh-Roh (avec sa suite Oh-Roh Den) et Japan sont les 2 projets créés en collaboration avec Buronson, l’auteur du célèbre Hokuto no Ken (Ken le survivant). Japan date de 1992, soit 3 ans après le début des publications de Berserk : en gros Japan se situe entre les tomes 5 et 6 de Berserk (publiés autour de 1991 et 1993 au Japon). Si on connaît Berserk, on reconnaît d’ailleurs bien le coup de crayon de Miura à l’époque : le style de dessin est exactement le même que dans l’âge d’or de Berserk, même le charac design ne diffère pas beaucoup : physiquement Yashima est un mix entre Guts et Zodd, et Yuka (la journaliste dont il est amoureux) est située quelque part entre Casca et Charlotte. Il serait injuste d’y voir un manque d’imagination de la part du dessinateur (passke bon… il en a !!!), ce n’est d’ailleurs pas forcément un mal : je le vois plutôt comme un clin d’œil à ses lecteurs. A part ça, j’étais contente de voir les dessins de Miura dans un contexte autre que la fantasy : le début est bien ancré dans un décor réaliste, les personnages ont des looks très branchés 80’, puis patatras, un tremblement de terre surgit, une vieille sorcière débarque au milieu de momies carthaginoises, et le groupe des héros se retrouve projeté dans un univers post-apocalyptique à la Mad Max^^. Il y a beaucoup de passages que j’ai apprécié au niveau du dessin (notamment l’épave  au milieu du désert, et le look du chef des pirates, ou encore les ruines de la Sagrada Familia de Barcelone qui rappelle La Planète des Singes). Et en lisant je ne pouvais pas m’empêcher de penser que, si Miura décidait, aujourd’hui, de se lancer dans un projet complètement différent de Berserk, comme un manga SF, ou une biographie de Vlad Tepes, ce serait vraiment excitant !!!…. Mais bon, faut pas y penser, il faut qu’il finisse Berserk d’abord !



Buronson
Sinon, au niveau de l’histoire en elle-même, le manga n’est pas franchement exceptionnel. Je n’ai jamais lu ni regardé Ken le Survivant (et à vrai dire ça ne m’a jamais attiré plus que ça) et Japan ne m’a pas emballé outre mesure : dans l’ensemble le propos reste assez naïf et même un peu lourd par moments, et les personnages n’ont rien d’inoubliables. J’ai même été un poil agacée par le traitement des personnages féminin : pendant les quatre cinquièmes de l’action, les faibles femmes n’ont que deux options pour survivre : se prostituer ou se mettre sous la protection d’un mâle grand et fort équipé d’un gros gourdin bien costaud (et qui ne profite jamais de la situation… hem hem), et quand vient l’heure de la baston elles restent sagement à l’écart sans que l’idée de se battre pour leur survie ne les effleure… Alors certes, tout ça est ancré dans un contexte bien particulier, en plus c’est un one-shot, c’est court, on a pas le temps pour la nuance, mais quand-même, c’est un détail irritant.
Malgré tout, ça reste une lecture agréable, et pour moi c’est avant tout un rare échantillon de ce que Miura a fait en dehors de Berserk, rien que pour ça je suis donc ravie de l’avoir sous la main^^.

lundi 14 février 2011

La Fille qui aimait trop les films d’horreur : Yamato Nadeshiko Shichi Henge (Perfect Girl Evolution)


Auteur : Tomoko Hayakawa
Genre : Manga shojo, comédie, romance, fantastique, horreur
Années de publication : 2000 –
Editeur français : Pika

Tombée complètement par hasard sur un extrait de l’anime, j’ai été suffisamment intriguée pour me lancer : après avoir visionné les 25 épisodes, je me suis mise au manga. Et bien que le shojo ne soit pas du tout mon genre de prédilection, je suis complètement tombée sous le charme !

L’histoire :

Ranmaru, Yuki, Takenaga et Kyohei sont quatre « bishounen », des lycéens extrêmement séduisants et populaires qui vivent ensemble dans une immense maison qu’ils louent à une jolie veuve aussi richissime qu’excentrique (et un brin tyrannique). Un jour, cette dernière leur lance un défi : transformer sa nièce en « Yamato Nadeshiko » (incarnation de la femme japonaise idéale), en échange de quoi leur loyer deviendra gratuit. Les quatre garçons acceptent sans avoir conscience de l’ampleur du challenge…
Deux ans plus tôt, Sunako Nakahara (la demoiselle en question) subit une cuisante déception sentimentale lorsqu’elle fait sa déclaration au garçon qu’elle aime : celui-ci lui répond « Je déteste les filles laides », faisant voler en éclats l’ego de la jeune fille. Elle prend alors une décision : plus jamais elle ne se regardera dans un miroir, plus jamais elle ne se comparera aux autres filles, plus jamais elle ne cherchera à avoir quoi que ce soit à voir avec une quelconque forme de beauté ou de romance ; elle se réfugie dans la solitude et les ténèbres, s’abandonnant voluptueusement à son goût prononcé pour le morbide et l’horreur : elle collectionne des crânes, des armes dangereuses, des organes conservés dans des bocaux de formol et des DVD de films d’horreur et de Tim Burton. Ses meilleurs amis sont des mannequins demi-écorchés et un squelette humain grandeur nature baptisés respectivement Hiroshi, Akira et Joséphine. Sa chambre est un sanctuaire où la lumière du jour n’a pas sa place.
D’aspect effrayant, Sunako ressemble plus à une apparition fantomatique qu’à un être humain (dans certains dessins elle rappelle Sadako dans The Ring). Les quatre garçons chargés de sa métamorphose, une fois remis du choc de la première rencontre, ne tardent pas à se rendre compte que Sunako ne supporte pas la vue des gens beaux, qu’elle juge « trop éblouissants » : en effet regarder trop longtemps une « créature de lumière » lui cause des symptômes assez violents qui vont du saignement de nez à l’évanouissement. Epouvantés par l’ampleur de la tâche, les quatre garçons ne se découragent pas pour autant (il en va de leur loyer !!!) : ils transformeront Sunako en « lady », coûte que coûte…

Mon avis :

Yamato Nadeshiko est une comédie teintée de culture gothique et horrifique, avec des éléments parodiques qui reprennent les clichés sentimentaux et les codes du shojo. Les rapports entre les personnages se développent au fil des chapitres, qui forment autant de courtes histoires indépendantes. Avec pour fil rouge la métamorphose de Sunako en « lady », le scénario suit un schéma qui fonctionne sur le principe « deux pas en avant, trois pas en arrière » (il y a d’ailleurs un mini jeu de l’oie basé sur le manga qui l’illustre assez bien) : chaque fois que Sunako semble montrer des signes de « progrès », il s’avère que la réalité n’est pas du tout ce qu’on s’imaginait. Malgré tout, ses rapports avec les autres évoluent, et, petit à petit, elle s’ouvre davantage, se socialise, et semble être de moins en moins allergique à la beauté de ses compagnons.
Les quatre garçons avec lesquels elle est contrainte de cohabiter ont des caractères très distincts qui sont approfondis à mesure qu’on avance dans le manga :
- Ranmaru est un playboy issu d’une famille très aisée, qui courtise volontiers les femmes mariées. Des quatre, c’est celui qui assume le plus son statut de « bishounen », et sait parfaitement jouer de son pouvoir de séduction.
- Takenaga est issu d’une famille respectable et est destiné à prendre la place de son père à la tête du clan. C’est le plus intellectuel des quatre, et il a une petite amie, Naie, qui se trouve être l’équivalent féminin des quatre garçons : lycéenne très belle et très populaire. Naie a un caractère extraverti et spontané (parfois un peu trop, ce qui la rend gaffeuse).
- Yuki est, contrairement aux deux autres, issu d’une famille plutôt humble socialement. Il a des traits délicats (presque féminins) et un caractère tendre qui en font le plus « mignon » des quatre. Il a lui aussi une petite amie, Machiko.
- Kyohei est le dernier des quatre garçons à avoir emménagé dans la résidence Nakahara. « Trouvé » dans la rue un soir de pluie « comme un chiot abandonné » par la propriétaire, il est parti de chez lui à la suite de problèmes familiaux (qui ont leur importance mais que je ne développerai pas ici). Sans cesse victime de harcèlement à cause de son apparence, il est incapable de garder un emploi et manque toujours d’argent (et est donc particulièrement sensible aux avantages d’un loyer gratuit). Il a un caractère intempestif et ne pense qu’à manger.
Takenaga, Sunako et Ranmaru passent Noël devant Edward Scissorhands...
J’ai un énorme coup de cœur pour le personnage de Sunako : touchante, hilarante, elle vit vraiment dans son propre univers et, à sa manière très personnelle, est un modèle d’individualisme : forte, indépendante, n’aspirant qu’à vivre tranquille, elle ne compte sur personne d’autre qu’elle-même et, quand elle a un objectif à atteindre, rien ni personne ne peut se mettre en travers de son chemin (ou presque^^). Ce qui ne l’empêche pas de montrer, quand les circonstances l’exigent, une générosité et une affection sincères à l’égard de ceux qui l’entourent. En outre, elle possède de nombreux talents (elle est en particulier une cuisinière virtuose) et qualités qui n’ont souvent rien à voir avec ceux que doit posséder une « lady ». Pour la dessiner, l’auteure a recours à une palette très étendue qui va de la forme « chibi » (franchement irrésistible) à des dessins plus classiques (Sunako est en fait une jeune femme très jolie, quand son visage n’est pas déformé par une expression effrayante…), en passant par des modes horrifiques : fantôme, démon, monstre, vampire, sorcière… où qu’elle aille, Sunako fait généralement une forte impression sur ceux qu’elle rencontre, bonne ou mauvaise. D’un tempérament passionné et obsessionnel (pour ne pas dire maniaque), elle a une personnalité originale que le lecteur ne veut pas voir disparaître sous un masque de « lady », mais ses blessures psychologiques doivent guérir d’une manière ou d’une autre. Au fil du manga, elle s’habitue aux garçons qui partagent son toit, sort davantage de son antre, se sociabilise petit à petit, mais reste toujours récalcitrante aux assauts de sa tante pour faire d’elle une demoiselle accomplie et « normale » : sous les gags et la parodie légère, l’auteure du manga pose un regard assez dur sur la superficialité, le conformisme et le culte de l’apparence, symbolisés par la tante de Sunako (figure despotique et capricieuse que j’ai du mal à trouver sympathique, même si au fond sa motivation principale est son affection pour sa nièce) et les hordes de groupies hystériques qui harcèlent les quatre adolescents, montrées sous un jour beaucoup plus dangereux et terrifiant (cf la saint-Valentin, entre autres) que Sunako, qui a pourtant des épisodes psychotiques assez intenses de son côté.
Kyohei, second personnage principal du manga, est le plus beau et le plus admiré des quatre garçons (bien malgré lui). Amateur de combats, obsédé par l’argent et la nourriture, son caractère bien trempé et ses goûts s’accordent étonnamment bien avec ceux de Sunako : une complicité très forte se développe entre eux au fil des chapitres, au point de donner l’apparence d’un véritable « couple ». Les autres personnages (en particulier Naie, la petite amie de Takenaga) tentent régulièrement d’éveiller Sunako et Kyohei à leurs sentiments l’un pour l’autre, mais leurs stratagèmes échouent toujours lamentablement. Kyohei reste celui qui comprend le mieux Sunako, et il semble en effet qu’ils soient, à terme, destinés à former un couple authentique.

Pour conclure :

YamaNade est un manga très drôle et agréable à lire, pas prise de tête du tout. Son seul défaut, s’il faut en trouver un, est le dessin en « mode normal » de certains personnages qui n’est pas très différencié et peut créer des confusions (par exemple il m’est arrivé plusieurs fois de me demander si tel personnage était Kyohei ou Ranmaru) ; par contre, l’auteure excelle dans le dessin des caricatures : hilarantes, très inventives et expressives, la mangaka sait très bien en tirer parti dans sa mise en scène.
L’adaptation en anime reste bien dans l’esprit du manga d’origine (et, il me semble, en restitue fidèlement l’atmosphère loufoque et l’humour au 3000e degré) et est sympathique à regarder. En 2010 le manga a aussi été adapté en vrais personnages dans un drama de 10 épisodes, que j’ai visionné dans ma lancée. C’est la première fois que je regarde un drama asiatique, donc mon avis est peut-être à côté de la plaque, mais je le donne quand-même :p : j’ai apprécié les efforts d’adaptation, et l’enthousiasme des comédiens, mais j’ai été un peu déçue par la personnalité de Sunako (trop « autiste » à mon goût), l’accent mis sur le pathos et les bons sentiments (très 1er degré pour le coup), et le gommage des aspects « gore » . Ceci dit, il y a des choses que j’ai quand même aimées (les scènes entre Kyohei et sa mère, en particulier, et le personnage du barman qui porte à chaque épisode un tee-shirt assorti au groupe de rock dont il diffuse les chansons dans son bar^^). Bref, même si c’était amusant à regarder, je préfère, de loin, suivre le manga.


dimanche 30 janvier 2011

Berserk, tome 33

L’édition de Glénat est sortie le 26 janvier. On est toujours dans l’Arc du Faucon Millénaire (ou Millenium Falcon pour les nostalgiques de Star Wars^^), Cycle de Falconia.

Sommaire des chapitres :

Ecume
Bataille navale (1)
Bataille navale (2)
Un Rugissement venu des ténèbres
Rêve prémonitoire
Le Brouillard de mort
Ténèbres silencieuses
Exode
Shiva
Cieux Grondants


Ce qui se passe dans ce tome en quelques lignes :

A bord du Sea Horse, le vaisseau de guerre de Roderick en route vers Elf Helm, Guts et sa petite troupe profitent d’un moment de répit. Pendant ce temps, au Midland, Griffith et son armée, toujours sous la bénédiction du Pape, se dirigent vers Wyndham pour livrer la bataille décisive contre l’Empereur Ganishka, tandis qu’à la capitale, un rêve collectif avertit les habitants d’un miracle à venir. De son côté, l’Empereur, fou de rage après sa défaite contre Griffith, a recours à une solution désespérée pour obtenir plus de puissance : il se jette dans sa beherit artificielle pour se transcender une nouvelle fois, sous les yeux effarés de son sorcier Daïba, qui aura vainement tenté de le dissuader de cette folie. Les conséquences catastrophiques de cette action se font ressentir jusqu’à bord du Sea Horse, tandis que, à Wyndham, l’aube est obscurcie par une ombre colossale…

Mon avis (attention je spoile !) :

Ce tome couvre une période de transition entre les deux batailles, on y trouve donc relativement peu d’action, mais les éléments se mettent en place sur l’échiquier en prévision des événements à venir. Lentement mais sûrement, Miura fait monter la mayonnaise et crée un climat d’attente et de tension croissantes. Au Midland, plusieurs personnages secondaires sont mis en avant, en tant que témoins privilégiés des événements : Lord Raban, Lord Owen, le ministre Foss, Silat… Alors que ce dernier manifeste un vif scepticisme vis-à-vis de Griffith, les midlandais, partisans convaincus du faucon, lui vouent une confiance aveugle proche du fanatisme. Si chacun, à son niveau, a conscience de prendre part à un événement historique, tous sont dépassés par l’enjeu, dont la nature véritable leur échappe complètement.
Du côté de Guts et sa bande, le voyage en mer est l’occasion de faire le point sur les états d’âme de chacun, et de mettre un peu en valeur le personnage de Roderick, qui s’avère être un capitaine très compétent et un hôte attentif. De son côté, Guts récupère lentement après son dernier combat qui l’a laissé plus mort que vif. L’utilisation répétée de l’armure provoque des effets secondaires inquiétants, et un accident avec Casca lui fait prendre conscience d’une réalité douloureuse… Farnèse, avec l’aide de Schierke, poursuit son apprentissage de la magie, et Isidro s’épanouit à bord : il assiste avec enthousiasme à la bataille navale et continue à s’entraîner avec Azan. Quant à Serpico, il se rend utile grâce aux élémentaux de l’air qui font gonfler les voiles du Sea Horse sous un vent favorable. Enfin, Magnifico s’affirme dans le rôle du boulet de service et forme un duo assez exceptionnel avec Puck dans une scène hommage à « L’Île au Trésor » (anime d’Osamu Dezaki), qui reste une de mes séquences préférées de tout le tome !
Si le tome est à peu près équitablement divisé entre les actions du côté du Sea Horse et les événements en marche sur le continent, les personnages auxquels je suis le plus attachée sont tous à bord du Sea Horse, donc je suis forcément plus intéressée par ce qui se passe là-bas, mais l’action principale à bien lieu du côté de Griffith, où les événements qui se mettent en place auront des conséquences cruciales (et spectaculaires) sur l’univers de Berserk dans sa globalité.

Concernant l’objet, on a, comme d’habitude, un double-poster (une face est un portrait de Roderick à bord du Sea Horse, l’autre représente Ganishka après sa transformation), et la traditionnelle illustration du rabat de première de couverture nous montre un emblème pirate puck-stomisé. Depuis le tome 32, Glénat a remplacé certaines pages de transition (jusque là sur fond uniforme noir ou blanc) par des illustrations issues de posters, de couvertures, ou de peintures et de dessins qu’on peut trouver dans le Berserk Illustration File, ce qui est une amélioration subtile mais appréciable. Enfin, au niveau de la traduction, j’ai remarqué une confusion à la fin du premier chapitre (dernière page, deuxième vignette, remplacer « il m’a » par « elle m’a », car Guts parle de Casca, pas de son bras artificiel !), ce n’est pas d’une gravité extrême mais c’est quand-même un peu énervant.


Enfin, pendant que je suis là, quelques mots sur l’anime en préparation : le projet doit débuter par un film dont la sortie est prévue courant 2011. Une affiche a été publiée dans le magazine Newtype :



Plusieurs remarques : décidément, je n’arrive pas à m’habituer au dessin, Casca est défigurée, Corkus ne ressemble à rien, les traits de Griffith et Guts sont presque méconnaissables… ça fait peur (et pourquoi avoir relégué Judeau tout au fond?). Par contre, j’aime bien ce qu’ils ont fait avec les couleurs, la dominance des tons sépias va bien avec l’ambiance de l’âge d’or, ça donne un côté à la fois nostalgique et légèrement crépusculaire, et ça change de l’anime de 1997 et ses couleurs primaires.
Enfin, le choix de la Troupe du Faucon pour illustrer le projet m’inquiète un peu. Pour un projet d’animation qui ambitionne de couvrir « toute l’histoire » de façon « fidèle », est-il bien judicieux de mettre en scène l’âge d’or dans un film ? Le format ne s’y prête pas du tout ! Personnellement, je préférerais que le projet suive la ligne chronologique du manga : le film couvrirait alors à peu près l’équivalent des trois premiers tomes, c'est-à-dire la période « guerrier noir » avant le flash-back, qui reste, à mon avis, la meilleur introduction possible à l’histoire, car sans elle, le lecteur n’a pas du tout la même perception des événements, il n’y a pas d’anticipation sur l’éclipse, pas du tout la même attente. En plus, ça permettrait de mettre en scène le Comte et sa fille (et d’introduire convenablement Puck), personnages tragiquement absents du premier anime. Enfin, ça éviterait les complications, maladresses et autres problèmes de raccord (inévitables) que poserait un bouleversement dans l’ordre des événements : si l’anime présentait les événements dans un ordre rigoureusement chronologique (en débutant par l’âge d’or, donc…), cela voudrait dire qu’on déplace les événements des trois premiers tomes entre l’éclipse et l’arc des enfants perdus : il faudra alors faire des transitions, remplir des blancs pour éviter des incohérences… Autant de pièges que les scénaristes feraient mieux de s’épargner. Bref, tout ça pour dire que j’espère que cette affiche n’a pas de lien particulier avec le contenu réel du film, et que la présence de la Troupe du Faucon est plutôt là dans une optique commerciale (car, pour ceux qui ont uniquement vu l’anime, la Troupe du Faucon est peut-être plus représentative de Berserk que le guerrier noir). A suivre !

vendredi 28 janvier 2011

Dracula

Catégorie : roman
Genre : gothique, fantastique
Auteur : Bram Stoker
Année de publication : 1897
Edition : Pocket
Année d'édition : 1992

Résumé de quatrième de couverture:

Comment Vlad III, prince de Valachie, dont le goût immodéré pour le supplice du pal lui avait valu le sobriquet de "Tepes" (l'empaleur), est-il devenu, sous la plume de Bram STOKER, le comte Dracula ? Comment un seigneur de la guerre mort au combat, en 1476, contre les Turcs est-il devenu un "non-vivant", se nourrissant du sang de ses victimes ? Comment, enfin, le folklore du vampire s'est-il nourri des chroniques historiques ? Mystérieuse alchimie qui fit l'universel succès du roman de STOKER.
Par lui, la légende, reprise à la scène et, surtout, à l'écran, est devenue mythe et a donné naissance à la saga du Prince des ténèbres. 


Mon avis:

Je suis assez embarrassée pour parler de cette lecture, car, en toute sincérité, je me suis un peu ennuyée.
Il y a de nombreuses années, j’avais déjà fait une première tentative, décevante malgré mon enthousiasme candide de l’époque. Malheureusement, mon imagination pétrie des images des films de Murnau et surtout de Coppola m’avait empêché d’apprécier les qualités intrinsèques de l’œuvre originale (me dis-je alors), mais peut-être qu’une seconde lecture serait l’occasion de porter un regard plus objectif (ou plutôt moins « conditionné ») sur le roman, et de pouvoir enfin le juger à sa juste valeur ? Il faut croire que c’est raté, car j’ai toujours les mêmes réserves qu’à la première lecture : Dracula est trop absent, et il n’est montré qu’à travers le point de vue des autres, ses ennemis : on a rarement accès à ses pensées, ce qui limite beaucoup les possibilités de le comprendre, sans parler de s’identifier. De tous les narrateurs, Mina est la seule à éprouver de la compassion pour son bourreau, et elle est d’ailleurs, avec Van Helsing, Dracula, Reinfeld et Lucy, l’un des seuls personnages à susciter mon intérêt dans le roman.
Bram Stoker
Et en ce qui concerne le style, la forme épistolaire est intéressante puisqu’elle alterne différents points de vue, différents supports (articles de journaux, journaux intimes, lettres…) ; mais en dehors de ça, le style désuet et assez pompeux m’a souvent distrait pendant ma lecture (mais je n’ai pas lu la version originale, donc peut-être que ce dernier trait est propre à la traduction), et toutes les démonstrations d’amitié, d’amour, et de bons sentiments sont un peu envahissantes et m’ont souvent impatientée. Quant à la vision qu’a Bram Stoker de la nature humaine, on peut dire qu’elle n’est guère reluisante puisque la méthode systématique des héros pour lever les difficultés est de distribuer des pots de vins et des verres d’alcool à la ronde ! Heureusement qu’ils ont un riche lord dans leur petite bande, la providence fait bien les choses…
Enfin, le sommet de la déception : la mort de Dracula, beaucoup trop facile, qui tombe vraiment comme un cheveu sur la soupe, et qui m’a presque fait m’exclamer : « tout ça pour ça ??? ».
Au final, je ne peux pas dire que j’ai détesté, mais je n’ai jamais vraiment réussi à entrer dans le récit ; finalement la plus grande qualité de ce roman reste la fécondité du mythe qu’il a engendré : Bram Stoker n’a pas peut-être pas inventé le mythe du vampire, mais aucun vampire qui a succédé à Dracula dans l’univers de la fiction ne peut nier sa parenté avec lui… Et ils sont légion !